Perdre quelqu'un est déjà assez difficile sans découvrir qu'il n'y a pas de testament. Si vous venez d'apprendre qu'un parent ou un partenaire est décédé sans rien laisser par écrit, respirez. C'est plus courant que vous ne le pensez, et la loi québécoise a une solution claire pour cette situation.
Ce guide vous accompagne dans le règlement d'une succession sans testament au Québec : qui hérite et dans quelles proportions, qui est responsable de tout régler, le processus étape par étape, combien de temps cela prend et combien cela coûte. Nous aborderons également un changement majeur de la loi en 2025 qui affecte les conjoints de fait, et comment gérer tout cela si vous le faites depuis une autre province.
Vous n'avez pas à tout comprendre d'un coup. Nous allons prendre les choses une étape à la fois, en langage clair, pour que vous puissiez voir tout le chemin avant de faire le premier pas.
Que se passe-t-il lorsqu'une personne décède sans testament au Québec ?
Lorsqu'une personne décède sans testament au Québec, sa succession devient une succession légale (également appelée succession ab intestat) : le Code civil du Québec décide qui hérite et dans quelles proportions, et les héritiers règlent la succession ensemble. Il est rassurant de savoir que la loi a déjà une réponse ici. Vous ne l'inventez pas au fur et à mesure.
En d'autres termes, la succession est toujours réglée de manière ordonnée. La différence est que c'est la loi, et non un testament, qui fixe les règles, et ces règles peuvent ne pas correspondre à ce que votre famille attendait.
Succession légale vs testament, en langage clair
Un testament permet à une personne de nommer ses héritiers, de laisser des dons spécifiques et de désigner quelqu'un pour régler ses affaires. Sans testament, aucun de ces choix personnels n'existe sur papier, donc le Québec se base sur un ordre fixe d'héritiers et des fractions fixes.
Une succession est également considérée comme "légale" si la personne a laissé un testament qui ne couvrait pas tout ce qu'elle possédait. Dans ce cas, tout ce qui n'est pas inclus dans le testament est distribué selon ces mêmes règles ab intestat. Ainsi, même un testament partiel peut vous amener à régler une partie de la succession de cette manière.
Qui hérite en l'absence de testament au Québec ?
Il est naturel de s'inquiéter de savoir si les bonnes personnes seront prises en charge. Voici la réponse directe : en l'absence de testament au Québec, la succession est divisée entre le conjoint survivant (marié, en union civile ou en union parentale), les enfants ou autres descendants, puis les parents et frères et sœurs, dans cet ordre de priorité. Les fractions exactes dépendent de qui survit à la personne décédée.
Le tableau ci-dessous montre comment le Code civil du Québec divise une succession légale. Ce sont les parts par défaut, directement issues des règles du Québec sur le décès sans testament.
| Qui survit à la personne | Part du conjoint | Enfants / descendants | Parents | Frères et sœurs |
|---|---|---|---|---|
| Conjoint et enfants | 1/3 | 2/3 | aucun | aucun |
| Enfants, pas de conjoint | aucun | Toute la succession (parts égales) | aucun | aucun |
| Conjoint et parents, pas d'enfants | 2/3 | aucun | 1/3 | aucun |
| Conjoint et frères et sœurs, pas d'enfants ou de parents | 2/3 | aucun | aucun | 1/3 |
| Parents et frères et sœurs, pas de conjoint ou d'enfants | aucun | aucun | 1/2 | 1/2 |
| Pas de conjoint, enfants, parents ou frères et sœurs | aucun | aucun | aucun | Passe à d'autres membres de la famille |
Quelques éléments à savoir en lisant le tableau. « Conjoint » a une signification légale spécifique ici, que nous expliquerons ensuite. « Descendants » inclut les petits-enfants, qui peuvent prendre la place d'un parent décédé. Et si aucun membre de la famille ne peut être trouvé, la succession revient finalement au gouvernement du Québec.
Conjoints mariés, en union civile ou en union parentale
Dans une succession légale, seuls certains partenaires sont considérés comme un « conjoint ». Cela signifie quelqu'un qui était marié, en union civile, ou, nouveau à partir de 2025, en union parentale avec la personne décédée. Ces conjoints héritent automatiquement d'une part, comme indiqué dans le tableau.
C'est une distinction importante, car le sens courant de « conjoint » est plus large que le sens légal. De nombreux couples qui se considèrent comme conjoints sont, aux yeux de la loi successorale du Québec, des partenaires de fait, et cela change tout.
Pourquoi les partenaires de fait n'héritent généralement de rien
C'est la partie qui surprend le plus les familles, il vaut donc la peine de le dire clairement. Un partenaire de fait n'hérite pas automatiquement au Québec en l'absence de testament, peu importe le nombre d'années de vie commune, de partage de domicile ou d'éducation d'enfants en couple.
Sans testament les nommant, un partenaire de fait survivant n'a aucun droit automatique sur la succession. Les biens passent aux enfants, parents ou frères et sœurs, selon l'ordre ci-dessus. De nombreux couples sont stupéfaits d'apprendre cela, ayant supposé qu'une longue relation conférait les mêmes droits qu'un mariage. Ce n'est pas le cas, sauf si les nouvelles règles d'union parentale s'appliquent.
Ce qui a changé en 2025 : le régime d'union parentale
Si vous êtes un partenaire de fait, ne perdez pas espoir avant de lire ceci. Le 30 juin 2025, le régime d'union parentale du Québec est entré en vigueur en vertu du projet de loi 56. Il accorde à certains couples de fait des droits successoraux similaires à ceux des conjoints mariés pour la première fois.
Dans ce régime, un partenaire de fait survivant peut hériter d'un tiers de la succession, les enfants recevant les deux tiers restants, la même répartition que pour les couples mariés. Le hic est de savoir qui est admissible : le régime s'applique automatiquement aux couples de fait qui ont un enfant ensemble à partir du 30 juin 2025. Les couples qui avaient déjà des enfants avant cette date peuvent choisir d'y adhérer par un accord formel, mais ils ne sont pas couverts par défaut.
Comme c'est récent et que les règles d'admissibilité sont spécifiques, il vaut la peine de confirmer votre situation avec un notaire. La Chambre des notaires du Québec explique le régime d'union parentale en détail, y compris qui il couvre et comment y adhérer.
Ce qui arrive à la part d'un enfant
Si les enfants qui héritent sont mineurs, leur part est protégée plutôt que remise directement. Un tuteur, généralement le parent survivant, gère l'argent au nom de l'enfant, souvent sous la supervision du Curateur public ou d'un conseil de tutelle, jusqu'à ce que l'enfant atteigne 18 ans.
C'est l'une de ces situations où une conversation rapide avec un notaire évite beaucoup de doutes, surtout si des sommes importantes ou des biens sont en jeu.
Qui règle une succession en l'absence de testament?
Vous vous demandez peut-être qui est réellement responsable de tout cela. En l'absence de testament, les héritiers règlent la succession ensemble en tant que liquidateur, la ou les personnes légalement responsables de la gestion et de la clôture de la succession. Les héritiers peuvent également convenir de nommer une personne (ou quelques-unes) pour agir en tant que liquidateur, ce qui simplifie généralement tout.
Au Québec, le rôle de régler une succession s'appelle le liquidateur, ce que d'autres provinces appellent souvent un « exécuteur ». Si vous avez entendu le mot « exécuteur » de la part de membres de la famille hors province, c'est la même idée, juste un nom différent.
Les héritiers peuvent-ils choisir une personne?
Oui, et c'est généralement une bonne idée. Essayer de régler une succession avec cinq héritiers agissant conjointement peut devenir lent et compliqué. Les héritiers peuvent nommer un liquidateur par vote majoritaire, souvent le membre de la famille le plus organisé ou local, ou quelqu'un en qui tout le monde a confiance pour être juste.
Le liquidateur ne conserve pas une plus grande part de la succession pour avoir assumé le travail ; les parts sont toujours fixées par la loi. Il est simplement la personne qui fait le travail de terrain : paperasse, comptes, dettes et distribution.
Prouver qui sont les héritiers
Parce qu'il n'y a pas de testament désignant quelqu'un, vous devrez peut-être prouver formellement qui sont les héritiers. Cela se fait souvent par une déclaration d'hérédité ou une déclaration de transmission notariée, surtout lorsque la succession comprend des biens immobiliers ou des actifs importants. Un notaire prépare généralement ces documents.
Cette étape est importante car les banques, le registre foncier et d'autres institutions voudront une preuve de qui a le droit légal d'agir avant de libérer des fonds ou de transférer des biens.
Comment régler une succession sans testament au Québec, étape par étape
Voici la partie pratique, le chemin que la plupart des familles suivent. L'ordre est important, c'est pourquoi nous avons numéroté les étapes. Ne vous inquiétez pas de tout faire aujourd'hui ; cela se déroule sur des mois, pas des jours.
- Obtenez le certificat de décès. Vous aurez besoin de la documentation officielle du décès (l'attestation et, plus tard, le certificat du Directeur de l'état civil) avant que presque tout le reste puisse avancer. Notre guide sur l'obtention des certificats de décès au Québec explique quels documents commander, combien de copies vous aurez besoin et combien de temps cela prend. Notre chronologie complète de ce qui se passe après un décès au Québec décrit en détail les premiers jours.
- Effectuez les deux recherches testamentaires. Même si vous êtes sûr qu'il n'y a pas de testament, le Québec exige deux recherches pour le confirmer : une avec la Chambre des notaires du Québec et une avec le Barreau du Québec. Un testament dont vous n'étiez pas au courant changerait tout, donc cette étape n'est pas optionnelle. Vous aurez besoin du certificat de décès pour demander les recherches.
- Confirmez les héritiers et le liquidateur. Une fois que les deux recherches reviennent vides, identifiez les héritiers légaux en utilisant les règles ci-dessus, et faites en sorte que les héritiers s'accordent sur qui agira en tant que liquidateur. Si une preuve de l'hérédité est nécessaire, c'est à ce moment qu'un notaire prépare la déclaration d'hérédité ou de transmission.
- Inventoriez les actifs et les dettes. Le liquidateur prépare un inventaire complet, comptes bancaires, propriétés, véhicules, investissements et toutes les dettes en cours. Cet inventaire est partagé avec les héritiers et déposé officiellement. Tout le monde peut voir l'ensemble de la situation, et le processus reste ouvert et équitable.
- Payez les dettes et les impôts, puis distribuez. Avant que quiconque hérite, les dettes de la succession et les impôts finaux doivent être payés. Seul ce qui reste après cela est divisé entre les héritiers selon leurs parts légales. Distribuer trop tôt, avant que les dettes ne soient réglées, peut laisser le liquidateur personnellement responsable. C'est une autre raison de suivre l'ordre.
Pour un aperçu plus détaillé des responsabilités d'un liquidateur et des 90 premiers jours, notre guide du liquidateur au Québec couvre chaque devoir plus en détail.
Combien de temps cela prend-il, et combien cela coûte-t-il ?
Il est normal de vouloir avoir une idée réaliste de ce qui vous attend. En moyenne, régler une succession sans testament au Québec prend de 6 à 18 mois. Le délai dépend de la complexité de la succession, s'il y a des biens à transférer, et de la facilité avec laquelle les héritiers s'entendent. Les coûts varient également, mais les principales dépenses sont les frais de notaire et les documents officiels, pas une facture fixe.
Voici une idée générale de ce qui influence le délai et le coût :
- Les successions simples (un ou deux comptes bancaires, pas de propriété, héritiers en accord) avancent plus rapidement, souvent vers le bas de la fourchette.
- Les successions avec biens immobiliers prennent plus de temps, car le transfert de propriété nécessite une déclaration de transmission notariée et des démarches avec le registre foncier.
- Les désaccords familiaux sont la plus grande source de retard. Lorsque les héritiers ne s'entendent pas sur le liquidateur ou l'inventaire, les mois peuvent s'étendre sur un an ou plus.
- Les frais de notaire et de documents sont les coûts typiques à payer de votre poche. Les recherches testamentaires, les déclarations d'hérédité ou de transmission, et les copies certifiées conformes comportent chacun des frais modestes. Ceux-ci sont payés à partir de la succession avant que quoi que ce soit ne soit distribué ; pour savoir comment cela fonctionne lorsque les fonds sont limités, consultez notre guide sur qui paie pour les frais funéraires et de succession au Québec.
Une source d'aide à vérifier tôt : les prestations de décès gouvernementales. Le Régime de rentes du Québec et d'autres programmes peuvent compenser certains coûts immédiats, et nous couvrons l'admissibilité dans notre guide sur les prestations de décès au Canada, y compris le RRQ et le RPC.
Régler une succession sans testament depuis l'extérieur de la province
Si vous faites cela depuis une autre province ou un autre pays, cela peut sembler doublement accablant : vous êtes en deuil, vous êtes loin, et maintenant il y a des formalités administratives dans un système que vous ne connaissez pas. La bonne nouvelle est que la plupart des démarches pour régler une succession sans testament au Québec peuvent être effectuées à distance, avec la bonne aide.
Vous pouvez demander les deux recherches de testament par courrier ou par l'intermédiaire d'un notaire. Un notaire québécois peut également préparer les documents d'hérédité et de transmission et coordonner les signatures à distance. De nombreuses banques et institutions acceptent les documents par courrier ou par téléchargement sécurisé une fois que vous avez prouvé que vous êtes le liquidateur. La clé est d'avoir un point de contact organisé, souvent un notaire local, pour éviter de faire des déplacements inutiles.
Notre guide pratique pour gérer les affaires financières après un décès depuis l'extérieur de la province explique comment coordonner les comptes, les documents et la logistique lorsque vous ne pouvez pas être présent en personne.
Comment épargner cela à votre propre famille
Si traverser cette épreuve vous amène à réfléchir à vos propres affaires, cet instinct mérite d'être suivi. La meilleure façon d'épargner à votre famille l'incertitude d'une succession ab intestat est de rédiger un testament. Cela vous permet de nommer vos héritiers, de prévoir pour un partenaire de fait qui n'hériterait pas autrement, et de nommer un liquidateur en qui vous avez confiance.
Un testament n'a pas besoin d'être compliqué ou coûteux. Notre guide étape par étape pour rédiger un testament au Québec explique vos options, des testaments notariés aux testaments holographes (manuscrits). Si vous êtes un couple de fait, un testament est particulièrement important, car la loi ne protégera pas votre partenaire par défaut, à moins que les règles de l'union parentale ne s'appliquent à vous.
Prendre une heure pour faire cela maintenant est l'un des cadeaux les plus gentils et pratiques que vous puissiez laisser aux personnes que vous aimez.
Régler la succession, une étape à la fois
Si vous avez lu jusqu'ici en étant en deuil, vous faites déjà le travail difficile et responsable que ce moment exige de vous, et cela compte beaucoup. Il n'existe pas de version rapide ou sans effort pour régler une succession sans testament, mais il y a un chemin clair : confirmer qu'il n'y a pas de testament, identifier les héritiers, faire l'inventaire, payer ce qui est dû, et distribuer ce qui reste. Prenez-le une étape à la fois, et appuyez-vous sur un notaire pour les parties qui vous semblent incertaines.
La crémation, au moins, est une partie de la semaine qui n'a pas à alourdir la charge. Si vous coordonnez à distance, jonglez avec la famille, ou souhaitez simplement qu'une décision soit simple, Cleo s'occupe de la crémation directe depuis le premier appel jusqu'au retour des cendres pour un prix fixe tout inclus, sans frais cachés. Dès que vous êtes prêt à en discuter avec une vraie personne, nous sommes ici au (438) 817-1770.
